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Les Sodomites

Par Spyros Marchetos

 

L’idée de la « théoxenia » (de ‘theos’ : dieu et ‘xenos’ : étranger, hôte), c’est-à-dire, l’idée selon laquelle l’étranger peut être un dieu déguisé et, par conséquent, doit être traité avec respect, générosité et politesse, était très largement acceptée dans l’Antiquité classique et fut, dès le tout début, intégrée à la morale chrétienne. Son illustration la plus poignante est fournie dans l’histoire de la naissance, dans la crèche, de Jésus refugié ou, plutôt, immigré clandestin -selon la terminologie macabre actuelle.

Dans la Bible, le mauvais traitement de l’étranger est un pêché mortel. Ainsi, dans la Genèse, deux anges se présentent comme des étrangers aux portes de Sodome. Loth, qui n’est pas originaire du pays, leur offre le gîte. Mais, ses concitoyens ont en tête de les violer. Résultat : une pluie de feu et de soufre s’abat sur la ville et la détruit. L’accent mis sur les aspects sexuels de l’histoire est beaucoup plus récent et y fut joint dans le contexte, surtout, de la culture misogyne à l’extrême que le capitalisme développa à partir de 1500.

La morale du texte, du point de vue sexuel, est, pour le moins, confuse. Selon la ‘Septante’ (la traduction grecque de l’Ancien testament), afin de sauver les étrangers, Loth offre ses filles vierges à la foule des hommes amassés “καὶ χρᾶσθε αὐταῖς, καθὰ ἂν ἀρέσκῃ ὑμῖν” ([pour] que vous vous en serviez comme il vous plaît). Les femmes des sodomites brûlent vives bien qu’elles ne participent pas à l’agression contre les anges-migrants-clandestins, tandis que les filles de Loth coucheront avec leur père sans attirer les foudres du Tout-puissant. Bien au contraire, elles sont récompensées par une progéniture abondante. Du point de vue sexuel, Loth et sa famille sont loin d’être parfaits -considérés selon les critères de leur époque ou de la nôtre- ce qui ne les empêchent pas de négocier avec les anges et de jouir des faveurs divines.

Ainsi que nous l’explique John Boswell, éminent historien, dans leur écrasante majorité, les relations et citations anciennes et médiévales du « pêché de Sodome » n’établissaient pas de lien entre celui-ci et méconduites sexuelles traditionnelles des sodomites qui, pour être pratiquées depuis bien longtemps, n’avaient toutefois pas attisé la fureur du Seigneur. En revanche, elles considéraient que la cause de la sanction était l’infraction au devoir sacré de l’hospitalité. Dans ses commentaires étendus de cet extrait de la Genèse, Nahmanidis, célèbre érudit, préfigurait l’avis des chercheurs contemporains en soutenant que le fameux sodomisme portait clairement et incontestablement sur l’inhospitalité et non pas sur la sexualité :

Leur but [des habitants de Sodome] étaient d’empêcher les gens qui venaient de vivre parmi eux […] parce qu’ils pensaient que très nombreux étaient ceux qui voulaient s’établir sur leur terre, qui était exceptionnelle et ressemblait au Paradis, et méprisaient l’aumône […] Selon nos rabbins, ils s’adonnaient à tout type de vilénie. Mais, leur destin fut marqué par ce pêché précis.

Ce pêché collectif ou, plutôt, quelque chose de bien pire : non pas simplement l’inhospitalité cruelle mais la persécution -impensable jusqu’il y a peu- impitoyable et systématique des malheureux, nous est dorénavant regrettablement familière. Elle est notre nouveau quotidien. Elle est, de nos jours, une loi de l’Union européenne, un état de fait aux frontières grecques, un plaisir pervers de la droite la plus noire qui, dorénavant, est trop souvent vêtue en rose. L’on peut se demander si, lorsque la pyramide inversée de la dette qui plane au-dessus de nos têtes s’écroulera, établira-t-on un lien entre l’écroulement de l’Occident et la brutalité européenne à l’encontre des refugiés ?

Le peuple grec ne rappelle pas les sodomites qui furent foudroyés par le vengeur biblique. En offrant le peu dont il dispose aux masses humaines que le capitalisme déracine, en mettant en place des réseaux de solidarité aux persécutés et en les aidant à échapper aux griffes des Es-Es de la Frontex, nous échappons, nous aussi, comme le fit Loth, à la punition des pêcheurs. La collectivité, la solidarité, l’initiative personnelle qui se cristallisent ainsi éloignent l’hystérie, la dépression et l’absence de sens qui s’abattent sur le néolibéral individualiste possessif. Les sodomites contemporains ne sont pas punis du feu tombant des cieux mais de toutes les maladies, physiques et psychiques, qui tourmentent les esclaves du capitalisme tardif.

Alors que la mobilisation a une action psychothérapeutique, ses effets pratiques sont encore plus tangibles. Encouragement et organisation sont deux faces de la même médaille qui, ensemble, nous permettent de résister aux épreuves mémorandaires et, enfin, de renverser le capitalisme de la destruction. C’est précisément autour de ces réseaux de soutien, où participent également beaucoup de gens sans référence politique ou de toute nuance politique, que de nouvelles collectivités de classe vivantes peuvent être créées. Ce sont de tels réseaux ouverts, hospitaliers, radicaux et créés ‘d’en bas’ mais aussi en collaboration avec Antarsya et d’autres organisations anticapitalistes et anarchistes, et contre le SEV (union des industriels de Grèce), Syriza et le KKE (PC grec), qui ont récemment remporté une victoire tactique à Skouries. Eldorado et, dans leur ensemble, les capitalistes et leurs représentants politiques ont essuyé une défaite. L’hospitalité protège l’étranger démuni, non pas l’étranger pilleur et le dynaste. Il n’est pas surprenant non plus de constater que ceux qui s’acharnent sur les refugiés, depuis tout ce temps, lèchent les bottes de criminels.

Nous vivons dans une société où gouvernent les sodomites, au sens biblique du terme. Comme Mouzalas et Stathakis et tous ces ministres Syriza qui ont apposé leur signature sur la transformation des camps de concentration en structures permanentes. Anthimos (évêque de Thessalonique) est lui aussi un sodomite biblique, qui dit que « nous les aimons, mais nous n’avons pas assez de place », ainsi que Boutaris (le Maire de Thessalonique), selon lequel « la Ville ne peut donner que des aspirines ». Des sodomites bibliques aussi les nombreux conseillers régionaux de Syriza et quelques-uns de LAE, dans le camp de Rena Dourou, qui ont distribué des millions aux armateurs tout en laissant les migrants et les refugiés affamés et nus. Bien entendu, ceux d’Aube Dorée sont, eux aussi, des sodomites similaires qui ne s’en cachent même pas. Tout comme ne s’en cache pas Kyriakos Mitsotakis qui, en prononçant un discours de haine anti-refugiés au Parlement, a expliqué que parler de ‘migrants clandestins’ est un ‘droit humain de la droite’. Voilà la qualité des néolibéraux grecs.

Est-ce lourd de les qualifier ainsi ? Cela laisse-t-il des marges de malentendu ? Bien. Mais alors, quel est le qualificatif qui conviendrait aux milliers de morts évitables qu’ils ont provoquées en mer Égée et ailleurs et au comportement inhumain que l’État grec adopte à l’encontre des refugiés ? Un comportement illégal qui viole tous les traités internationaux ? Parce que, précisément, les ministres ont la responsabilité formelle pour tout ce que fait l’état. Ce sont leurs signatures qui se trouvent sous les lois de type nazi. Ils ne souhaitent pas assumer cette responsabilité ? Ils n’ont qu’à démissionner.

Comme cela se passait lors de la Shoah, en Allemagne, les responsabilités de la brutalité étatique contre les refugiés sont diffusées parmi les innombrables bureaucrates de l’Union européenne et des états nationaux, de sorte que personne n’ait le sentiment de porter une responsabilité personnelle. Mais, les ministres, à tout le moins, n’ont pas la possibilité de s’y soustraire. Pas plus que les sodomites-en-chefs de la Commission européenne et du Conseil de l’Union européenne.

Et, bien entendu, parmi eux, notre sodomite-en-chef à nous, Alexis Tsipras. L’égoïsme, le vide et l’insatiable soif de pouvoir de cette émule de Mussolini font de notre pays un lieu meurtrier, hostile et inhospitalier, tant pour les étrangers que pour les gens du pays. Et, entretemps, ils font du mot ‘gauche’ une injure pire que le sodomisme. Dorénavant, Syriza prétend que ‘gauche’ signifie ‘noyer en mer, cultiver la soumission et imprégner d’apathie cynique, organiser le génocide des personnes âgées et vulnérables et saisir les maisons des pauvres pour les donner aux banquiers. Si, contre tout espoir, il arrivait à son but, alors la gauche disparaîtra ici aussi, comme elle le fit dans les pays qui appartenaient jadis au bloc soviétique. À nous de ne pas le laisser faire.

Le texte original, paru en langue grecque: ici: http://info-war.gr/%CE%BF%CE%B9-%CF%83%CE%BF%CE%B4%CE%BF%CE%BC%CE%AF%CF%84%CE%B5%CF%82/

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