Entre les deux (possibilités) mon coeur balance, M. Varoufakis

par Dimitris Kazakis*

Varoufakis est de ceux qui peuvent vous raconter des bobards sans rougir du tout. Qui plus est, ces bobards peuvent se contredire. Comme si le fait qu’il ne maîtrise pas le domaine, il veut en plus dissimuler son rôle dans la capitulation récente de la Grèce. C’est plutôt difficile de faire le tri entre les bêtises qu’il raconte à la vitesse d’une mitraillette, matin, midi et soir.

 

«Les Grecs ont raison de trembler à l’idée de quitter l’union monétaire. Quitter une monnaie commune ne ressemble en rien à l’abandon d’un lien (peg) comme celui de la Grande-Bretagne, en 1992, qui a quitté le Mécanisme de change (ERM). Hélas, la Grèce ne dispose pas d’une monnaie qui lui soit propre et dont le lien avec l’euro pourrait être interrompu. Elle dispose de l’euro, d’une monnaie étrangère, gérée par un créancier qui est hostile à la restructuration de notre dette non viable. Pour quitter l’euro, nous devrions créer une nouvelle monnaie à partir de rien. En Irak occupé, pour introduire une nouvelle monnaie, il a fallu près d’un ans, 20 Boeing 747, la mobilisation de l’armée américaine, trois entreprises d’impression et des centaines de camions. Sans appui similaire, un Grexit correspondrait à annoncer une dévaluation très importante 18 mois avant qu’elle n’ait lieu : une bonne recette pour liquider tous les avoirs grecs et transférer le produit de la liquidation à l’étranger par tous les moyens possibleshttp://tvxs.gr/news/ellada/baroyfakis-giati-o-soimple-thelei-tin-eksodo-tis-elladas-apo-eyro

Voilà ce qu’a récemment dit M. Varoufakis. Que dire ?! Si les Grecs tremblaient à l’idée de… quitter l’union monétaire,  61,3% d’entre eux n’auraient pas voté « NON » aux euro-languissants et à l’incroyable campagne terroriste qu’ils ont menée. Mais, il ne s’agit-là que d’une chose mineure.

Non seulement Varoufakis ne sait pas mais, en plus, il ne peut pas réfléchir en servant de la raison. Quand est-il plus difficile de changer de monnaie ? Quand il existe déjà une monnaie « verrouillée » en peg sur une monnaie internationale, comme le dollar, l’euro, ou bien quand il faut introduire une monnaie nationale totalement nouvelle ?

Tout qui connaît le b-a-ba en économie sait que la déconnexion du peg est beaucoup plus difficile à réaliser que l’introduction d’une nouvelle monnaie nationale. Pourquoi ? Parce que quand on dispose déjà d’une monnaie nationale et qu’on la déconnecte du peg, il faut disposer d’importantes réserves de change pour faire face aux pressions spéculatives qui visent à la dévaluation, sur les marchés de change.

Voilà pourquoi l’Argentine devait et doit entretenir des disponibilités de change élevées pour intervenir sur les marchés internationaux de change chaque fois que l’on s’attaque à sa monnaie. Voilà pourquoi l’Islande a subi une dévaluation de 400% de sa monnaie dès qu’elle a décidé de ne pas rembourser ses dettes. Pour tenir le coup, elle a été contrainte d’utiliser du change précieux, pour retirer sa monnaie des marchés internationaux et la placer sous régime de protection.

Heureusement l’Islande est une petite économie et a pu le faire, c’est-à-dire, retirer sa monnaie des marchés internationaux. L’Argentine, elle, n’est pas en mesure de le faire. Si sa monnaie continue à subir des attaques massives, elle aura deux choix : se rendre aux marchés internationaux des capitaux ou introduire un peso tout neuf.

Si l’on introduit une monnaie nationale entièrement nouvelle, où est-ce que les marchés forex la trouveront pour la dévaluer ? Dans une économie protégée, il existe une seule source pour que les marchés internationaux s’approvisionnent en nouvelle monnaie : la banque centrale. Et, pourquoi est-ce que la banque centrale vendrait la nouvelle monnaie ? Cela arriverait uniquement si votre économie est dominée par les banquiers et les boursiers.

La Grèce a l’avantage d’introduire une monnaie entièrement nouvelle, une drachme parfaitement nouvelle. Et elle ne sera pas offerte sur les marchés de change internationaux parce que, tout simplement, cela aura été interdit à la nouvelle banque centrale qui succèdera à la BC actuelle. Elle ne sera pas autorisée de la vendre à des investisseurs financiers étrangers. De ce fait, la monnaie sera protégée. Où est-ce que les spéculateurs la trouveront-ils pour la dévaluer ?

Et, comme si cela ne suffisait pas, Varoufakis nous explique que ce sera terriblement difficile de battre monnaie en Grèce. Non pas parce que l’on aurait détruit les presses de Holargos (NdT : l’hôtel de la monnaie grec, à Athènes), comme il a prétendu, sans rougir, il y a quelques semaines. Ce sera difficile parce que c’est très difficile. Pour un fainéant par nature, ce pourrait l’être. En tout cas, ce n’est pas difficile parce que les américains auraient mis une année entière pour introduire la monnaie. Ce sont là des arguments de niveau « Cosmopolitan ».

La vérité est que les forces d’occupation américaines en Irak ont achevé la conquête du pays en juin-juillet 2003. La nouvelle monnaie fut introduite le 1/1/2004, en mettant sur la place près de 6.000 milliards de nouveaux dinars irakiens. Avez-vous noté le chiffre ? 6 mille milliards ! Et ils le firent en moins de 6 mois. Voilà la vérité !

Quant à «l’annonce d’une dévaluation très importante 18 mois avant qu’elle n’ait lieu» cela ne peut être vrai que pour celui qui estime que la dévaluation est une espèce de phénomène métaphysique, quelque chose comme la volonté du bon Dieu. La seule raison pour laquelle une monnaie nationale protégée, c’est-à-dire, une monnaie qui n’est pas disponible sur le marché des changes, puisse être dévaluée serait à chercher dans un déficit du commerce extérieur qui se détériore et si, disposant de ministres comme Varoufakis, nous étions dans l’impossibilité de créer une croissance pour notre économie.

Quant à la «bonne recette pour liquider tous les avoirs grecs et transférer le produit de la liquidation à l’étranger par tous les moyens possibles,» nous le comprenons. Si M. Varoufakis considère comme vérités absolues les marchés financiers ouverts de « l’ami Mario (Draghi) » et de « l’ami George (Soros) », il va de soi qu’il ne sait pas qu’un gouvernement -notamment quand il introduit une nouvelle monnaie nationale- applique un contrôle sur le mouvement des capitaux.

Cela veut dire que toute personne exportant de l’argent ou des avoirs précieux (or, avoirs de tout type, œuvres d’art, etc.) est soumis à l’impôt. Qui plus est, un impôt élevé, supérieur à 45% pour l’argent et 90% pour les autres avoirs. La transition à la monnaie nationale sans impôts sur le capital exporté et sans contrôle des mouvements des capitaux est chose impensable. À moins de servir les intérêts d’un Soros.

Pour M. Varoufakis, il ne s’agit-là que de menus détails, d’une terre inconnue. Son savoir se limite à ce qui est dans l’intérêt des marchés ouverts et des spéculateurs. Voilà pourquoi, alors qu’il trouve qu’introduire une nouvelle monnaie nationale est une œuvre d’une difficulté incommensurable, il n’a aucun problème pour adopter l’IOU (titre de reconnaissance de dette) en tant que monnaie parallèle, pour l’économie grecque. Seul quelqu’un de criminellement ignare ou un énergumène de Shäuble et des marchés financiers pourrait considérer que la monnaie double ou parallèle serait une alternative à la monnaie étatique nationale.

 

*Dimitris Kazakis est économiste et animal politique (comme disait si bien Aristote) Grec. Il a créé le mouvement EPAM qui est devenu un parti. Depuis plusieurs années il analyse la situation de l’économie (et de l’Etat) grecque et parcourt le pays pour informer les gens et partager son savoir. Il est pour un mouvement patriote au sens large du terme (considérant que seul un pays qui se respecte est en mesure de respecter les autres). Il est pour l’annulation de la dette illégitime, odieuse et illégale. Il est pour l’introduction d’une nouvelle monnaie nationale.

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